Dans la province du Kasaï, la Journée nationale des Forces armées de la RDC est passée presque inaperçue ce lundi 18 mai 2026. Aucun défilé, aucune cérémonie officielle, ni activité commémorative n’a été programmée par le gouvernorat ou par la 21e région militaire basée à Tshikapa. Les camps militaires sont restés fermés au public et les artères principales de la ville n’ont arboré ni drapeaux ni banderoles, contrairement aux années précédentes.
Ce silence a vite fait réagir les organisations de la société civile locale. Pour plusieurs coordinations citoyennes, l’absence de manifestation est perçue comme un manque de reconnaissance envers les militaires qui servent dans des conditions souvent difficiles. Elles rappellent que le 17 mai, décalé au 18 mai cette année car tombé un dimanche, doit être un moment de communion entre l’armée et la nation. Ne rien organiser revient, selon elles, à fragiliser le lien armée-nation dans une province pourtant confrontée à d’importants défis sécuritaires.
Sur le plan national, le 17 mai commémore l’entrée de l’AFDL à Kinshasa en 1997 et rend hommage aux Forces armées de la RDC pour leur mission de défense de l’intégrité territoriale. Ce lundi 18 mai 2026, des défilés, dépôts de gerbes et allocutions ont eu lieu à Kinshasa, Goma, Lubumbashi et dans plusieurs autres chefs-lieux. Le haut commandement des FARDC a insisté sur la discipline, le patriotisme et la nécessité de renforcer la confiance avec la population.
Au Kasaï, les acteurs sociaux estiment que cette journée aurait pu servir à rapprocher les militaires des civils. Ils proposent pour les prochaines éditions des journées portes ouvertes dans les casernes, des actions sociales menées par les FARDC dans les quartiers, des échanges avec les élèves et des conférences sur le rôle de l’armée dans la consolidation de la paix. L’idée est de donner un contenu pédagogique et patriotique à la célébration.
Les responsables des mouvements de jeunes déplorent aussi l’occasion manquée de susciter des vocations. Dans une province où le chômage touche fortement la jeunesse, voir l’armée à l’œuvre lors d’une parade ou d’une démonstration peut inspirer et redonner des repères. L’absence totale de programme envoie plutôt un signal de désintérêt, regrettent-ils.
Au-delà du cas du Kasaï, cette situation relance le débat sur la décentralisation des commémorations nationales. La société civile provinciale demande que le gouvernorat inscrive désormais la Journée des FARDC dans son calendrier officiel, avec un budget et un programme clair. Pour elle, l’hommage aux soldats ne peut pas dépendre uniquement de Kinshasa. Il doit être visible, partagé et assumé dans chaque province.
Le 18 mai 2026 restera donc au Kasaï comme une journée de réflexion plutôt que de célébration. Si l’hommage national a bien eu lieu ailleurs, la province rappelle que l’unité autour de l’armée se construit aussi par des gestes concrets, locaux et inclusifs.